Première phrase : premier obstacle. Tu es face à une surface blanche, un outil d’écriture à la main. La surface est une page A4, la première page d’un cahier, l’écran de ton ordinateur, peu importe. Tu t’es mis en condition d’écrire : le plus dur est fait.

Et aussitôt, la première phrase - en langage universitaire : l'incipit - vient te narguer. Peut-être que des incipits célèbres te reviennent et te mettent un peu de pression.

  • Longtemps, je me suis couché de bonne heure (Marcel Proust s’enfonce dans La Recherche via une phrase courte et toute simple.)
  • Aujourd'hui, maman est morte. (Albert Camus annonce tout de suite que dans L’Étranger on n’est pas là pour rire)

Encore un peu de pression ? Cette première phrase sera, logiquement, la première de la ou des personne(s) qui, chez un éditeur détiennent le pouvoir du pouce vers le haut, la poursuite de l’aventure voire la publication ou de la petite lettre qui commence par te remercier et qui te brise le coeur d’un Malheureusement quelque part dans le deuxième paragraphe.

Quand écrire la première phrase ?

Astuce pour commencer ton texte sans que la première phrase, Marcel Proust, Albert Camus, leurs camarades de Pléiades et ton (futur ?) éditeur ne te mette trop de pression : décide directement que, pour le moment, n’importe quelle première phrase conviendra.

La vraie première phrase, tu l’écriras plus tard. Tu l’écriras quand tu auras terminé la première version de ton texte et que tu passeras ton texte en revue.

Comment écrire la première phrase ?

La première répond le plus souvent à au moins une de ces questions :

  • Où ? Le célèbre C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar (Gustave Flaubert, Salammbô).
  • Quand ? It was a bright cold day in April, and the clocks were striking thirteen. (George Orwell, 1984)
  • Qui ? C’est à Damme, alors que Mai venait d’ouvrir leurs fleurs aux aubépines que naquit Thyl Uylenspiegel, fils de Claes (Charles De Coster, La Légende et les Aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs)

Autre recette : attaquer par une phrase profonde et philosophique. "C'est d'abord une phrase qui m'a traversé la tête : "La mort est un processus rectiligne.» (Daniel Pennac, La Petite marchande de prose) ou Tuer quelqu’un, ça compte pour rien (Hervé Le Tellier, L’Anomalie)

Encore une possibilité : commencer par une phrase de dialogue. Le lecteur sera plongé directement dans l'action.

Parce que tu as lu jusqu'à la fin :

Agatha Christie a utilisé la première phrase d'un de ses romans d'une façon originale. Je t'en dirais bien plus mais ça implique de divulgâcher. Clique ici pour un spoiler et en savoir plus sur cet incipit original.